Parcours des registres journaliers - mesures de la fréquentation du public dans la salle : quelques considérations

Mesures de la fréquentation du public dans la salle : quelques considérations

Cet article a pour but de poser quelques questions de méthodologie et de dégager les catégories nécessaires pour définir le cadre d’une telle étude. Nous espérons que ces calculs puissent être réalisés par la base de données à l’avenir. Il a été présenté lors d’un workshop qui s’est tenu à New York en octobre 2014.

Le calcul du « taux d’occupation de la salle » doit reposer sur une estimation de la jauge. Cette mesure est importante comme base de calcul du succès ou insuccès d’une pièce.

On admet communément que la salle peut contenir 2000 personnes avant la Révolution (C. Alasseur notamment).

Il faut distinguer la jauge des places individuelles (billets individuels vendus) et la jauge des loges. En effet, le calcul des loges varie selon les périodes. Tantôt les places dans les loges sont vendues individuellement et donc quantifiables (notamment au début de la période et à la toute fin), tantôt les loges sont vendues entières : on ne peut alors savoir combien de places exactement elles pouvaient contenir ni a fortiori, pour chaque soirée, si elles étaient pleines. Par ailleurs, on ne peut compter la jauge globale étant donné que les données sont très incertaines concernant les loges louées à l’année et les entrées gratuites, certainement fort nombreuses (comédiens et leurs invités, auteurs, personnalités ayant leurs entrées). On entend donc ici par jauge : d’une part la jauge des places individuelles vendues chaque soir et le nombre de loges vendues chaque soir (et non le nombre de spectateurs des loges), en excluant forcément les loges à l’années dont on ne peut compter l’affluence puisqu’elles n’apparaissent pas dans le registre.

Remarques sur le nombre de places par loges : communément, on admet qu’il pourrait y avoir 8 personnes par loges. C’est comme cela que Lancaster calcule l’affluence notamment.

Lagrave cite les Réflexions historiques et critiques sur les différents théâtres de l’Europe, Paris, Jacques Guérin, 1738, p 135-136 : en 1738, le théâtre était équipé de deux portes, on y distribue des contremarques contre les billets, puis on est placé. Le théâtre, le parterre et l’amphithéâtre se placent à leur guise, mais pas les loges : « Les contremarques se rendent à des gens préposés pour ouvrir les loges, y placer ceux qui arrivent et les refermer jusqu’à ce qu’il y ait huit personnes, quatre sur le devant et quatre sur le derrière, ce qui compose le nombre que chaque loge peut contenir. De cette façon, il se peut trouver dans une loge huit personnes, souvent hommes et femmes qui ne se connaissent point. »

Néanmoins, un document portant sur la Salle des Tuileries et dénombrant le nombre de loges et le nombre de places par loge par comparaison avec la future salle au Faubourg Saint-Germain montre bien que les choses avaient changé entre temps et qu’il semble hasardeux de généraliser en comptant systématiquement 8 personnes par loge.


Aux Tuilleries, les loges journalières contiennent de 4 personnes à 30 personnes (3ème loge n° 16 du côté de la Reine). Au futur Faubourg Saint-Germain, elles en contiennent de 8 à 72 (4ème loge n° 13 du côté de la Reine). Il faut ajouter à cela le nombre de places dans les loges louées à l’année qui ne sont pas mentionnées dans le registre. Ce même document fait apparaître que les loges louées à l’année peuvent contenir 404 personnes aux Tuilleries et 396 personnes au Faubourg Saint-Germain.

Jauges approximatives

Ce calcul dépend des bâtiments occupés, et des campagnes de travaux effectués dans le théâtre, visant à augmenter le nombre de places et de loges.

La jauge des places individuelles peut être obtenue pour chaque théâtre, par les mesures les plus hautes de chaque catégorie de places. Sans possibilité d’extraction de la totalité des données, nous pouvons procéder à partir des représentations ayant enregistré les recettes les plus hautes pour chaque théâtre.

Exemples :

Théâtre de la rue de Guénégaud, représentation du 21 juillet 1682 : 793 billets vendus et 5 premières loges.

Théâtre rue des Fossés Saint-Germain, représentation du 16 mars 1720 : 1098 billets vendus, 24 loges basses et 22 loges hautes

Théâtre des Tuileries : jauge de 1738 personnes en tout (voir document plus haut).

Théâtre-Français au Faubourg Saint-Germain : jauge de 1772 personnes (voir document plus haut). Par ailleurs la représentation du 7 janvier 1793 (avec 522 places de loges louées et 1416 billets individuels vendus) fait apparaître que la jauge de cette soirée est d’au moins 1938 personnes.

La mesure de la jauge et donc du « remplissage » de la salle, quelle que soit la période, doit distinguer les informations quantifiables (billets) des informations moins exactes (nombre de loges vendues).

Agathe Sanjuan

Workshop New York, octobre 2014

Next: Parcours des registres journaliers - La rentabilité des représentations en 1741-1742