Parcours des registres journaliers - évolution du prix des places

Evolution du prix des places

Note préliminaire : ces remarques qui couvrent toute la période ne sont qu’indicatives. Ce sont des tendances, des traits dominants, des évolutions que l’on observe globalement, mais les exceptions sont nombreuses et ne peuvent toutes être relevées. Seule l’étude d’une saison particulière peut faire ressortir toutes ces finesses. Par ailleurs l’étude a été menée systématiquement sur les billets individuels vendus, mais non sur les loges dont les prix varient beaucoup plus souvent. Là encore, seuls les faits majoritaires ont été relevés : des tarifs atypiques peuvent être relevés.

Pour avoir une vision plus précise de l’évolution des salles, point essentiel à relier à l’évolution de la tarification, voir l’article correspondant de Jeff Ravel.

Les registres sont le reflet de la politique tarifaire du théâtre. Sur le plan de la catégorisation des places individuelles, on passe dans les années 1680-1686 à des catégories localisées (places sur le théâtre, premières loges, places à l’amphithéâtre, loges, secondes loges, troisièmes loges, place au parterre) à des catégories tarifées (loges hautes, loges basses et toutes catégories de « billets à… »), puis à nouveau à des catégories localisées à partir des années 1760, avec une plus grande complexité.

1792

Le prix des places subit l’influence d’évènements externes (déménagements, impôts nouveaux, crises). Néanmoins, on peut détecter certaines stratégies tarifaires propres au théâtre, ce que permet l’observation scrupuleuse et chronologique des pages des registres.

Instabilité des prix : 1680-1702

Théâtre de l’Hôtel Guénégaud

La période 1680-1686 (de 1680 à la saison 1685-1686) est caractérisée par une variabilité des prix, en particulier dans les loges. Le tarif qui semble dominer est le suivant :

1680-1686

Théâtre

3

Premières loges

3

Amphithéâtre

3

Loge (tarif variable, probablement collectif)

-

Seconde loge

1 L 10 s

Troisième loge

1 L

Parterre

15 s

Au cours des trois saisons suivantes, 1686-1687 à 1688-1689, les acteurs fixent deux catégories de prix que nous appellerons par commodité, « tarif bas » et « tarif haut ». Le tarif haut correspond au tarif le plus utilisé de la période précédente. Les deux tarifs sont autant utilisés l’un que l’autre durant cette période.

1686-1689


Tarif bas

Tarif haut

Loges

Ne sont pas spécifiquement mentionnées

Ne sont pas spécifiquement mentionnées

Billets à

3 L

3 L

Billets à

30 s

1 L 10 s

Billets à

20 s

1 L

Billets à

15 s

15 s

Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain

A l’ouverture de la saison 1689-1690, le 18 avril 1689, les comédiens ont emménagé dans un nouveau théâtre, rue des Fossés Saint-Germain. De 1689 à 1699, les deux tarifs principaux précédents s’appliquent, avec des variations sur le prix des loges.

1689-1699


Tarif bas

Tarif haut

Loges

Prix variables

Prix variables

Billets à

3 L

3 L

Billets à

30 s

1 L 10 s

Billets à

20 s

1 L

Billets à

15 s

15 s

Sur cette période, le tarif bas devient peu à peu dominant, à partir de la saison 1690-1691. Le tarif haut est appliqué en ouverture, et clôture de saison, et pour les créations de nouvelles pièces.

Néanmoins, l’observation des tarifs peut laisser perplexe et l’alternance des deux tarifs semble parfois plus anarchique. Plusieurs hypothèses peuvent être formulées. Première hypothèse : les comédiens semblent appliquer le tarif haut lorsque les dépenses de la représentation sont importantes (notamment pour les pièces avec divertissements de Dancourt). Deuxième hypothèse : le public s’est peut-être habitué à payer moins cher et déserte la salle quand le tarif haut est appliqué, ce qui pousse les comédiens à appliquer le tarif bas comme tarif ordinaire, alors même qu’ils tentent parfois de contrer cette tendance. On sent en effet, en observant les registres, que les comédiens cherchent parfois à « dérouter » le public en alternant tarif haut et bas pour une même pièce, par exemple pour Le Dépit amoureux en juin 1696, pièce qui ne nécessite pas de dépenses considérables et pour laquelle il arrive qu’on applique le tarif haut. Ces hésitations témoignent à notre avis d’une recherche de stratégie tarifaire.

Une donnée extérieure vient bouleverser cette réflexion : l’ordonnance du 25 février 1699 fait obligation aux Comédiens-Français de verser à l’Hôpital Général le sixième de leurs recettes (Lagrave, 1972). Les prix sont donc augmentés en conséquence :

Février-Pâques 1699


Tarif bas

Tarif haut

Loges

Prix variables

Prix variables

Billets à

3 L 12 s

3 L 12 s

Billets à

36 s

1 L 16 s

Billets à

24 s

1 L 4 s

Billets à

18 s

18 s

A la rentrée de la saison 1699-1700, le tarif haut devient tarif unique ; il est légèrement modifié le 4 janvier 1700. Durant toute cette saison, les comédiens tentent donc d’imposer un tarif unique correspondant au tarif haut.

1699-1700


Tarif unique début de saison

Tarif unique à partir du 4 janvier 1700

Loges

Prix variables

Prix variables

Billets à

3 L 12 s

3 L 11 s

Billets à

1 L 16 s

1 L 15 s

Billets à

1 L 4 s

1 L 4 s

Billets à

18 s

17 s

De 1700 à 1702, les comédiens renoncent au tarif unique et retrouvent l’alternance de prix hauts et bas, selon les circonstances. Ces prix connaissent de faibles évolutions.

1700-1702


Tarif bas

Tarif haut

Loges

Prix variables

Prix variables

Billets à

3 L 9 s, puis 3 L 8 s, 3 L 7 s, 3 L 6 s, 3 L 4 s

3 L 9 s puis 3 L 7 s, 3 L 6 s, 3 L 4 s

Billets à

34 s puis 37 s, 33 s, 32 s

1 L 14 s puis 1 L 12 s, 1 L 4 s

Billets à

24 s

1 L 4 s

Billets à

17 s puis 16 s

17 s puis 16 s

Stabilité des prix : 1702-1714

De la saison 1702-1703 au 13 février 1714, les prix redeviennent uniques et d’une remarquable stabilité, en dehors de rares représentations exceptionnelles nécessitant des moyens bien plus importants que pour les représentations ordinaires, ce qui se répercute sur le prix du billet (pour Circé ou encore Psyché).

1702-1703 au 13 février 1714


Tarif ordinaire

Représentations extraordinaires

Loges basses à

30 L

60 L

Loges hautes à

15 L

30 L

Billets à

3 L 12 s

7 L 4 s

Billets à

1 L 16 s

3 L 12 s

Billets à

1 L 4 s

48 s ou 2 L 8 s

Billets à

18 s

36 s ou 1 L 16 s

Instabilité : 1714-1721

A partir du 13 février 1714, les prix varient très légèrement pour revenir à leur valeur précédente, mais une nouvelle catégorie de billets, plus chère et variable, apparaît. Le tarif ordinaire domine très largement.

1713-1714 et 1714-1715


Tarif ordinaire à partir du 13 février 1714

puis

Loges basses à

30 L

30 L

Loges hautes à

15 L

15 L

Billets à

-

4 L10 s ou 4 L 5 s ou 6 L 7 s ou 8 L 5 s

Billets à

3 L 11 s 3 d

3 L 12 s

Billets à

1 L 17 s 6 d

1 L 16 s

Billets à

1 L 3 s 9 d

1 L 4 s

Billets à

18 s

18 s

De 1715 à 1721, on entre à nouveau dans une période d’instabilité des prix. Deux facteurs peuvent expliquer ces variations : l’instauration du quart des pauvres à partir du 5 février 1716 qui taxe la recette et provoque une montée des prix, et la faillite de Law qui fait fluctuer les prix autour de 1720-1721.

La saison 1715-1716 est marquée par plusieurs changements de prix et de stratégies, notamment en raison de l’instauration du quart des pauvres : fait notable, le prix du billet au parterre passe à une livre alors qu’elle n’avait jamais dépassé les 18 sols (ou sous).

1715-1716


Début de saison

puis

10 février 1716 : 2 tarifs, bas et haut

Loges basses à

30 L

30 L

32 L

40 L

Loges hautes à

15 L

15 L

16 L

20 L

Billets à

5 L 12 s

5 L 8 s

-

-

Billets à

3 L 15 s

3 L 12 s

4 L

5 L

Billets à

1 L 17 s

1 L 16 s

2 L

2 L 10 s

Billets à

1 L 4 s

1 L 4 s

1 L 8 s

1 L 10 s

Billets à

18 s

18 s

1 L

1 L

De 1716 à 1719, les prix redeviennent stables. En 1718-1719, les comédiens rétablissent la catégorie de billets de prix supérieur qu’ils avaient instaurée précédemment. En 1719-1720, ils rétablissent une double tarification, haute et basse : le tarif haut est très fréquemment utilisé au moment de la banqueroute de Law. La conséquence en est des niveaux de recettes records mais conjoncturels, que l’on ne retrouvera qu’à la veille de la Révolution.


1716-1717 et

1717-1718

1718-1719

1719-1720

TarifTarif

bashaut

3 octobre 1720

nouveau tarif bas

29 avril 1721

retour au tarif d’avant la crise

Loges basses à

32 L

32 L

40 L

64 L

40 L


Loges hautes à

16 L

16 L

20 L

32 L

20 L


Billets à

-

6 L

-

-

-


Billets à

4 L

4 L

4 L

8 L

5 L

4 L

Billets à

2 L

2 L

2 L

4 L

2 L 10 s

2 L

Billets à

1 L 8 s

1 L 8 s

1 L 10 s

3 L

1 L 10 s

1 L 10 s

Billets à

1 L

1 L

1 L

2 L

1 L 5 s

1 L

Stabilité des prix : 1721-1758

De 1721-1722 à 1732-1733, les prix sont absolument stables. En 1732-1733, un tarif haut apparaît à nouveau, particulièrement pour les pièces de Voltaire. Ces tarifs restent à peu près stables jusqu’en 1758.


1721-1732

1732-1758

TarifTarif

bashaut

Loges basses à

32 L

32 L

48 L

Loges hautes à

20 L

20 L

24 L ou 30 L

Billets à

4 L

4 L

6 L

Billets à

2 L

2 L

3 L

Billets à

1 L 10 s

1 L 10 s

2 L

Billets à

1 L

1 L

1 L

Vers une complexité plus grande de la tarification liée à la diversification des types de loges : 1759-1770

Les comédiens ont modifié leur théâtre, construisant loges et balcons là où cela était possible. Réforme plus importante : à la rentrée de 1759, la scène est dépouillée de ses banquettes qui contenaient les « places sur le théâtre ». Certaines loges ou « petites loges » pourront être louées pour des périodes plus ou moins longues par une même personne. Ces nouveaux revenus n’entrent plus dans la recette journalière.

En 1758-1759 apparaissent dans le registre les « demi-loges », puis la saison suivante les « balcons » dont les prix varient beaucoup. A partir de 1765-1766, différents types de « petites loges » à différents prix peuvent être louées pour la représentation.

Théâtre des Tuileries : 1770-1782

Un étonnant document dresse les équivalences de places, de prix et de recettes entre le Théâtre des Tuileries, salle provisoire investie en attendant la construction d’un nouveau théâtre, et la future salle au Faubourg Saint-Germain. Ce document fait apparaître tous les types de places et le nombre de places par loge, ce qui est exceptionnel puisque cette donnée reste réellement une inconnue pour la plupart des périodes.


Le prix des loges va de 10 à 72 livres en représentation à tarif haut et de 10 à 32 livres quand le tarif est bas, mais les prix se caractérisent surtout par leur variabilité.

Les billets individuels en revanche, sont toujours au même prix :

Salle des Tuileries, 1770-1782


Tarif bas

Tarif haut

Loges : nombreuses catégories à des prix variables

Première place

4 L

6 L

Seconde place

2 L

3 L

Troisième place

1 L 10 s

2 L

Place de parterre

1 L

1 L

Théâtre-Français au Faubourg Saint-Germain : 1782-1793

A l’ouverture de la saison 1782-1783, le public découvre un nouveau théâtre, dont le parterre est assis. Les places les moins chères sont désormais celles du paradis, mais leur prix reste supérieur à celui du parterre de la salle précédente. Le prix des billets reste identique jusqu’en 1791 : on rétablit alors des prix inférieurs pour le public du parterre désormais rebaptisé « parquet ».


Prix des billets en 1782

Prix des billets en 1791

Loges : nombreuses catégories à des prix variables

Premières places

6 L

6 L

Galerie

4 L

4 L

Secondes places

3 L

3 L

Parterre assis

2 L

1 L 16 s (parquet)

Troisièmes places

2 L 8 s

2 L

Paradis

1 L 10 s

1 L 10 s

NB : Les unités de base du système monétaire étaient la livre, le sol (sous) et le denier, ces deux dernières étant des subdivisions de la livre : 20 sols équivalent à une livre, 12 deniers font un sol (ou sous) (donc 1 livre = 20 sols = 240 deniers).

Agathe Sanjuan

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