Parcours des registres journaliers - La rentabilité des représentations en 1741-1742

La rentabilité des représentations en 1741-1742

Cet article a pour but de poser quelques questions de méthodologie et de dégager les catégories nécessaires pour définir le cadre d’une telle étude. Il a été présenté lors d’un workshop qui s’est tenu à New York en octobre 2014.

La rentabilité des représentations est certainement une préoccupation constante des comédiens puisque les représentations ne permettaient pas systématiquement de dégager un bénéfice suffisant pour procéder au « partage ». L’étude a porté sur la saison 1741-1742. A cette période, seul le bénéfice journalier permet de payer les comédiens (c'est-à-dire la recette, de laquelle on ôte les dépenses ainsi que le déficit cumulé des journées précédentes le cas échéant). En effet, les petites loges louées à l’année, exclues de la recette journalière, n’existaient pas encore – le produit des petites loges à partir de la fin des années 1750, permettant d’éviter de payer l’impôt, entre quasi entièrement dans le revenu des comédiens.

Sur cette saison 1741-1742, on distingue les représentations auxquelles on applique le tarif haut et les représentations auxquelles on applique le tarif bas.

Comment les comédiens choisissaient-ils d’appliquer tel ou tel tarif ?

Pour Henri Lagrave, le prix est au double aux premières représentations des nouveautés, le jour de clôture du théâtre, et pour les circonstances exceptionnelles. Une réglementation intervient en 1732 : on tierce les prix pendant les 12 premières représentations, ou pendant qu’on accorde une part d’auteur. On vérifie assez bien ces observations.

Globalement on constate qu’en tarif bas, les loges sont peu louées.

Sur les représentations dont le niveau de recette est bas, globalement, les spectateurs sont groupés sur les places du parterre à 1 L, et sur les places à 2 L et 4 L, le tarif à 1 L 10 sol est très peu utilisé. Les loges basses sont louées plus que les hautes. Le faible nombre de places vendues en catégorie à 1 L 10 s ne veut pas dire pour autant que le public déserte ce type de place. Il faudrait en savoir la jauge pour déterminer si cette catégorie comporte peu de places ou si le public ne le affectionne pas. Ou encore, ne serait-ce pas là qu’on place en priorité les invités ?

Seuil de rentabilité de la représentation

La saison compte 265 représentations. Peut-on distinguer les représentations rentables des autres ? Y a-t-il dans les deux cas une répartition différenciée du public ?

En comparant dépenses, recettes et partage, on peut déterminer globalement que le point d’amortissement journalier se situe à 400 livres. Au-delà, on peut espérer dégager suffisamment de bénéfices pour obtenir un partage, sachant que même quand la représentation est bénéficiaire, on ne partage pas pour autant : le bénéfice peut servir à compenser le déficit cumulé des représentations précédentes. Finalement, on constate que le partage est assez rare.

Sur les 265 représentations :

- 131 ont une recette inférieure à 400 livres donc environ la moitié des représentations n’atteignent pas le point d’équilibre

- 101 représentations ont une recette comprise entre 400 et 1000 : ce qui ne permet pas forcément de dégager un partage car on doit éponger le poids des représentations déficitaires

- 33 sont de bonnes représentations, à plus de 1000.

Intéressons nous aux 33 représentations dont le niveau de recette est élevé : 32 représentations sur 33 sont au tarif haut. Pour quasiment la totalité de ces représentations, la recette des loges double celle du parterre, voire triple ou quadruple pour quelques représentations.

Un des développement possible serait de modéliser sur une plus longue période quelle est la configuration de salle « bénéficiaire » pour les comédiens. Sur cette saison, la représentation bénéficiaire semble être celle dont la recette des loges double celle du parterre. Cette observation se vérifie-t-elle sur le plus long terme ?

Agathe Sanjuan

Workshop New York, octobre 2014