Une histoire tracée à grands traits

Née de la volonté centralisatrice de Louis XIV, la Comédie-Française est issue de la jonction de deux troupes rivales ordonnée en 1680, l’Hôtel de Bourgogne et l’Hôtel Guénégaud. En 1681, les comédiens réunis signent un acte d’association et dès 1682, ils sont pensionnés par le Roi. Ils choisissent pourtant un autre « patron » spirituel, Molière. La protection royale leur accorde le monopole du répertoire français dans Paris et ses faubourgs. Ils adoptent une devise, simul et singulis (être ensemble et être soi-même) et l’emblème de la « ruche bourdonnante ».

Le XVIIIe siècle est marqué par de grandes réformes scéniques menées par Voltaire et les comédiens qui lui sont attachés (Lekain, Mlle Clairon). En 1782, la troupe s’installe dans une nouvelle salle, au Faubourg-Saint-Germain. La Révolution marque la plus grave crise d’identité de l’institution. La troupe n’échappe pas aux divisions qui rongent l’ensemble de la société. Les comédiens se réunissent à nouveau en 1799, au Théâtre-Français de la République, rue de Richelieu.

En 1804, ils signent un nouvel acte de société, complété en 1812 par le décret de Moscou qui réglemente les rapports entre la troupe et le pouvoir politique. Talma domine la troupe. Quand il meurt en 1826, la Comédie-Française privée de son plus grand comédien, est en retrait.

Le répertoire s’élargit au drame romantique sous l’influence du baron Taylor. Le 25 février 1830, la création d’Hernani de Victor Hugo donne lieu à une bataille en règle entre détracteurs et partisans du théâtre romantique. L’arrivée au sein de la troupe d’une nouvelle étoile en 1838, Rachel, précipite le retour en force de la tragédie classique. En 1850, une réforme clarifie la position de l’exécutif du théâtre qu’incarne désormais l’administrateur, désigné par l’État. L’ère des administrateurs s’ouvre.

La Maison est très affectée par l’incendie de 1900. Émile Fabre (1915-1936) renouvelle le répertoire, mais la véritable rupture est provoquée par l’arrivée d’Édouard Bourdet (1936-1940), partisan de la mise en scène moderne. De 1946 à 1960, l’administrateur a la responsabilité d’une deuxième salle, la salle Luxembourg (à l’Odéon). Depuis 1960, la Comédie-Française est successivement dirigée par des administrateurs issus de la troupe (Maurice Escande, Pierre Dux, Jean Le Poulain, Marcel Bozonnet, Muriel Mayette, Éric Ruf) ou du monde théâtral (Jean-Pierre Vincent, Antoine Vitez, Jacques Lasalle, Jean-Pierre Miquel). Le Théâtre du Vieux-Colombier rénové ouvre en 1990, ainsi que le Studio-Théâtre en 1996. En 1995, les statuts de la Comédie-Française sont modifiés au profit d’un nouvel Établissement public à caractère industriel et commercial. Le décret confirme les missions de la Comédie-Française depuis son origine : enrichir le répertoire, le jouer en alternance au moyen d’une troupe fixe composée de sociétaires et de pensionnaires.

Agathe Sanjuan
Conservatrice, Bibliothèque-Musée de la Comédie-Française